Parole d'expert : l'éthique et la conformité chez AbbVie

Thomas Pasquet, Responsable Ethique & Compliance AbbVie

Qu’est-ce que l’OEC ?

TP : Vous le savez certainement l’industrie pharmaceutique est un secteur d’activité extrêmement réglementé.

Les réglementations en vigueur ont  pour objectif de garantir que les médicaments mis à disposition des patients sont efficaces et parfaitement sûrs.

Il existe également des réglementations internationales pour encadrer les relations entre l’industrie et les acteurs clés de la santé (par exemple les professionnels de santé, associations de patient ou pouvoirs publics…). Ce afin, notamment, de lutter contre la corruption ou en prévenir l’apparition.

On peut citer, à titre d’exemples, la loi Américaine FCPA (Foreign Corrupt Practices Act), la loi Britannique (UK Bribery Act) et plus récemment la loi Française Sapin 2.

Ces lois, qui ne sont pas spécifiques de l’industrie pharmaceutique, ont imposé aux entreprises de mettre en place des programmes de conformité.

C’est ma mission, au sein du département OEC (bureau éthique et conformité en français) de piloter ces programmes de conformité et de déployer dans l’entreprise une culture de l’éthique dans nos comportements et nos activités.

Quelles sont les priorités dans la pharma ?

TP : L’un des principaux objectifs d’un laboratoire pharmaceutique est de développer et mettre à disposition des patients des médicaments innovants, les mieux adaptés à leur pathologie.

D’un point de vue OEC, l’enjeu est de pouvoir garantir que l’ensemble des étapes du développement jusqu’à la commercialisation du médicament se déroule conformément à nos obligations internes et externes pour assurer que les décisions portant sur nos médicaments sont prises en toute indépendance et de façon appropriée par les experts

A ce titre, les interactions avec les professionnels de santé ne doivent pas être une occasion de les faire bénéficier d’un avantage sans lien avec l’objet de l’interaction.

Pour prendre un exemple très concret : quand nous organisons des réunions scientifiques avec des professionnels de santé pour leur donner des informations sur nos médicaments ou les informer sur la maladie, nous apportons une vigilance toute particulière au choix du lieu.

Nous évitons tout site luxueux, ostentatoire et les villes réputées pour leurs atouts touristiques pour que la motivation des professionnels de santé à participer à nos réunions repose uniquement sur leur qualité scientifique et pédagogique. Ainsi, nous évitons d’influencer leur comportement en faveur de notre laboratoire.

La maîtrise du risque de corruption repose également sur un environnement favorable et propice à une parole libérée quand nécessaire.

En France, La loi Sapin 2 impose aux entreprises de déployer un processus de « lanceurs d’alerte » qui garantisse à tout collaborateur la possibilité de remonter ses inquiétudes ou ses doutes, à une tierce personne, indépendante de son management ou des ressources humaines, avec la garantie de préserver son anonymat.

Cette pratique se développe peu à peu et est un moyen supplémentaire d’améliorer la prise en charge des risques de corruption potentiels.

Qu’est-ce qui vous motive dans ce métier ?

TP : Ce qui me motive dans mon métier au sein du département OEC c’est de savoir que nous l’exerçons au bénéfice du patient. Le métier d’OEC y travaille au même titre que des métiers plus axés sur la science.

Cela a d’autant plus de sens pour moi qui suis pharmacien et qui, là l’occasion de ma thèse, me suis engagé à respecter le serment de Galien qui fait totalement écho à cette approche orientée patient, puisqu’il impose notamment d’exercer dans l’intérêt de la santé publique, de ne jamais oublier ses devoirs envers le malade et de ne jamais utiliser ses connaissances et son état pour corrompre ou favoriser des actes délictueux.

FR-ABBV-190089-04/2019