Polyarthrite rhumatoïde : de l’accompagnement à la maîtrise de la maladie

La vie avec la polyarthrite rhumatoïde a longtemps été synonyme d’une inéluctable dégradation. Mais, un jour, une découverte amena les chercheurs à sortir des sentiers battus.

Une maladie implacable imposant des choix difficiles

Difficile de choisir une bande-son adaptée quand on s’apprête à subir un remplacement prothétique des articulations du doigt. Faut-il opter pour un morceau punk rock pour que la batterie et la basse couvre le bruit de l’intervention ? Ou bien préférer une douce mélodie qui aide à oublier qu’à seulement 18 ans, on a des articulations tellement endommagées qu'il faut recourir à ce type de procédure ?

Au cours d’une journée, durant les années 1990, ces questions trottaient dans la tête de Lori Anne, une adolescente vivant avec une polyarthrite rhumatoïde (PR) en Caroline du Sud (États-Unis), alors qu’elle faisait défiler sa collection de CD, le genre de questions qu’une adolescente ne devrait jamais avoir à se poser.

Afin d’éviter cela, à des centaines de kilomètres du Massachusetts (États-Unis) et de l’autre côté de l’océan, à Ludwigshafen (Allemagne), des chercheurs étaient sur le point de bouleverser le paradigme thérapeutique de la PR, une maladie qui pouvait transformer une jeune fille active et pleine de vitalité en patiente ayant la sensation de faire trois fois son âge et contrainte de choisir la chanson qui passerait pendant le remplacement de ses articulations abîmées

Des options thérapeutiques longtemps limitées

L'histoire de la polyarthrite rhumatoïde débute bien avant Lori Anne et sa collection de CD.

Lorsque Lori Anne apprit son diagnostic de PR dans les années 1980, les rhumatologues alors en exercice comme Dr Stefan Simianer étaient habitués à voir les patients se faire hospitaliser.

« Il y avait tous ces dossiers de patients à portée de main ; à l’intérieur : une épaisse enveloppe de radiographies et on ne pouvait que constater au fil des années la dégradation systématique de l’état de ces patients avec des radiographies de plus en plus défavorables, » se rappelle Dr Simianer, à présent vice-président du pôle R&D international et directeur général chez AbbVie, Ludwigshafen (Allemagne). « Pour résumer, on en était réduit à documenter l’échec [...]. La rhumatologie était une spécialité très rude pour les médecins, car en réalité, nous n’avions pas grand-chose à proposer aux patients. »

Lori Anne utilisait les traitements disponibles, ce qui lui permettait de se lever de son lit et de se rendre à l’école. Mais elle n’en restait pas moins épuisée, incapable de jouer au tennis ou au basket, des sports qu’elle avait aimés, et son corps était marqué par les effets de la maladie. Lorsqu’elle retourna dans son école privée, elle remarqua une professeur se détournant avec précipitation à sa vue.

« Elle pleurait, elle était vraiment bouleversée. J’avais perdu énormément de poids parce que je ne mangeais plus vraiment, » explique Lori Anne. « C’est dire combien la situation était difficile et combien mon état évoluait rapidement. »

Une simple question allait révolutionner le traitement de la PR

Pendant ce temps, dans ce qui deviendrait le centre de recherche d’AbbVie en Allemagne, des chercheurs étudiaient une protéine de l’organisme appelée facteur de nécrose tumorale alpha (ou TNF-α). Lors des infections aiguës telles qu’un choc septique, une élévation extrême des taux de TNF-α est observée ; l’organisme envoie un supplément de TNF-α pour combattre l’infection.

Les chercheurs furent étonnés de découvrir que cette protéine était également nettement plus présente chez les patients atteints d’une PR. Ces patients ne présentaient aucune infection, mais alors comment expliquer ces taux de TNF-α anormalement élevés ?

L’équipe de recherche avait déjà développé un anticorps anti-TNF efficace en cas de choc septique, mais on constata rapidement qu'il ne pouvait pas être utilisé dans des affections chroniques comme la PR, car une utilisation prolongée entraînait l’apparition d’anticorps rendant le traitement inefficace. Dès lors, les chercheurs ont commencé à explorer une nouvelle voie, jusqu’alors jamais empruntée, en collaboration avec d’autres chercheurs du Massachusetts.

Jochen Salfeld, vice-président de la recherche biologique et chercheur émérite chez AbbVie, était alors à la tête de l’équipe du Massachusetts et nous explique leur démarche :

Jochen Salfeld et son équipe considéraient qu’en se fixant des objectifs ambitieux, ils se donnaient les moyens d’aider de nombreux patients atteints de maladies auto-immunes.

Innover au-delà de la médecine

Jochen Salfeld et son équipe n’étaient pas les seuls à étudier les inhibiteurs du TNF-α lorsque leur anticorps anti-TNF totalement humain est passé en phase d’étude clinique dans les années 1990. Des chercheurs renommés du monde entier étudiaient cette nouvelle classe de médicaments appelés les médicaments biologiques et fabriqués à partir de cellules vivantes, ces médicaments qui allaient être mis à la disposition des patients vivant avec une PR.

« Nous ne voulions pas « seulement » mettre au point un médicament, mais plutôt proposer le meilleur traitement de sa catégorie, un traitement qui changerait la vie des patients, » déclare Jochen Salfeld. « Nous tenions à traiter la maladie, mais aussi à proposer un dispositif d’administration qui facilite la vie du patient. »

Étant donné qu'il s’agissait d’un anticorps thérapeutique, un type de traitement ne permettant pas l’administration par voie orale, le médicament devait être administré par injection. « Faciliter la vie du patient impliquait de lui permettre de s’administrer lui-même son traitement, plutôt que de l’obliger à se rendre dans un lieu médicalisé pour recevoir le médicament par perfusion », précise Jochen Salfeld.

« Notre équipe a mené une étude chez des patients arthritiques dans plusieurs pays et leur a proposé plusieurs types de seringues préremplies [...]. Ils nous faisaient part de leurs impressions : " ça fonctionne " ; " c’est la meilleure parmi les trois proposées " ou encore " il faut changer ceci et cela ". Les seringues préremplies que nous avons finalement proposées au lancement du médicament ont en fait été conçues par les patients pour les patients. »

La PR aujourd’hui et demain

Aujourd’hui, grâce aux avancées réalisées dans le secteur de la rhumatologie et notamment la mise à disposition de traitements biologiques, Lori Anne est une femme épanouie dans sa vie de mère et de directrice dans l’école même où, plusieurs années auparavant, une professeure avait fondu en larmes face à son état de santé déclinant.

Lori Anne, encore lycéenne

Lori Anne, aujourd’hui, en compagnie de son fils

« Tant de chose ont changé [dans la PR] au cours des 15 à 20 dernières années, qu’il s’agisse de notre compréhension du processus pathologique ou du développement de nouveaux traitements innovants ou encore de la façon dont les acteurs du secteur de l’arthrite reçoivent et utilisent les informations de santé », commente Andrea Kane, rédactrice médicale chez Arthritis Today, une revue publiée par Arthritis Foundation. « Grâce à la mise à disposition de meilleurs traitements, de nombreux patients atteints d’une PR n’espèrent plus seulement mener pleinement une vie dite « normale », mais aussi obtenir une rémission. »


« Ceci dit, la voie de la rémission est ardue et tout le monde n’a pas la chance de pouvoir l’emprunter », tempère Andrea. Kane « Et ceux qui ont cette chance sont tout de même confrontés à des difficultés, comme des crises périodiques, une fatigue persistante et une atteinte articulaire progressive. »

Voilà la raison pour laquelle les chercheurs comme Jochen Salfeld continuent de chercher de nouveaux moyens de traiter les maladies auto-immunes comme la PR.

« Tout le monde a des projets de vie, mais vous pouvez soudainement être confronté à un diagnostic d’affection auto-immune. Les affections auto-immunes sont des maladies chroniques ; il est très difficile de concevoir lors du diagnostic initial que vous allez vivre avec cette maladie toute votre vie. Elle ne va pas disparaître en deux semaines » raconte Jochen Salfeld. « Chez AbbVie, nous nous efforçons tous de trouver des façons de faire mieux que ce qui a déjà été fait. Comment pouvons-nous traiter plus de patients et faire reculer encore davantage la maladie ? »

Ce sont finalement les histoires de patients comme Lori Anne qui donnent tout son sens au long parcours de développement et de découverte de nouveaux traitements.

« Pour les patients, l’idée de pouvoir maîtriser leur maladie a un retentissement incroyable, car ce n’est plus la maladie qui leur dicte leur vie, ils peuvent désormais contrôler la maladie avec l’aide de leur médecin » dit-il. « C’est vraiment la raison pour laquelle je me rends chaque jour à mon travail, et c’est la même chose pour tous mes collègues. »

Aux côtés de nombreux partenaires comme l’Arthritis Foundation, AbbVie s’implique pour une meilleure compréhension et une meilleure sensibilisation à la polyarthrite rhumatoïde, mais aussi pour faire avancer la recherche afin d’améliorer l’existence de ceux qui vivent avec cette maladie et en souffrent.

Découvrez nos actions pour améliorer la vie des patients atteints d’affections inflammatoires médiées par le système immunitaire.

  1. Entezami, BS, Fox, David, et. al. Historical Perspective on the Etiology of Rheumatoid Arthritis. Hand Clin. 2011 Feb; 27(1): 1-10. Consulté le 27 février 2018. 

  2. Sokka, Tuulikki, Envalds, Minja, Pincus, Theodore. Treatment of rheumatoid arthritis: a global perspective on the use of antirheumatic drugs. Mod Rheumatol. 2008 Jun; 18(3): 228-239. Consulté le 27 février 2018. 

  3. Monaco, Claudia, Nanchahal, Jagdeep, et. al. Anti-TNF therapy: past, present and future. International Immunology. 2014 Nov; 27(1): 55-62. Consulté le 1er mars 2018.